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Johannes Gumpp 1646, Autoportrait au Miroir
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« Le mystérieux trésor amassé au fond du cœur se répand alors
au moyen des œuvres,
au moyen de la nouvelle créature
que l'on tire de son sein en lui donnant une forme sensible...»
« Un homme ignorant ressemble à un
miroir non poli »
Dürer Albert
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I . SES
AUTOPORTRAITS
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Vitruve de Dürer
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Les peintres forment une chaîne
d´initiation à l´Art. L´école d´un artiste transmet les techniques picturales,
seuls les plus curieux auront droit aux pensées philosophiques du maître.
Le reste du chemin est un travail personnel. La route du compagnonnage par
excellence reste l´Italie. On sait l´effort que fit le jeune Poussin pour
arriver jusqu´à Rome. Nous allons voir, le long des chapitres dédiés à ce
génie allemand que fut Dürer comment celui-ci nous mène à travers le temps,
à la compréhension des œuvres du maître français, Nicolas Poussin.
Dürer fait plusieurs voyages à
Venise et à Florence durant lesquels il rencontre les grands maîtres de la
peinture comme Léonard De Vinci. Il a même accès à ses livres, comme le
démontre : le pistolet automatique dessiné par ce génie qui , par
« hasard », sera fabriqué en Allemagne, servant plus tard pour
assassiner le Duc de Guise. On retrouve aussi, sur les œuvres de Dürer,
quelques personnages sortis des cahiers de Léonard comme sur Les douze ans
de Jésus parmi les scribes. Ainsi le visage
copié de saint Jérôme s´y retrouve au premier plan. L´étude des proportions orées du corps
humain lui fut ainsi insufflée.
Dürer, considéré dans l´histoire de
l´Art, comme le premier artiste à faire ses autoportraits sans les placer
sur une toile à sujet religieux , est un exemple du comment, en étudiant de
tels tableaux, on en arrive à voir plus loin que le physique du personnage.
La difficulté de l´autoportrait à
travers le miroir s´accentue au moment de peindre ses mains et ses yeux.
Pourtant, si on jette un regard aux nombreux portraits faits par Dürer, on
constate que les mains des personnages sont absentes.
Une mode nordique sûrement, mais
pourtant avec quelques exceptions : Quand l´artiste peint son père, (
idem pour sa mère ) la première fois, celui-ci tient un bracelet ou petit
rosaire, symbole de son travail d´orfèvre ou de sa religiosité ; la
seconde il cache ses mains dans ses manches, tel un moine, plus âgé, il
devait être retiré.
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«Sa recommandation quotidienne
était pour nous exhorter à aimer Dieu et à nous conduire loyalement envers
notre prochain.» écrit-il de son père.
Il fait aussi une exception pour
les diplomates, les représentant avec un petit rouleau en main. Mais
celles-ci ne sont ni travaillées, ni à échelle.
Pourtant sur ses autoportraits les mains sont omniprésentes et cela depuis
son enfance.
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1493 Venise
« Les choses m'arrivent comme il
est écrit là-haut »
Son manteau, ouvert sur une élégante
chemise aux rubans roses, marque l´axe du dessin par le bout de manche
rouge, ligne qui passe sur son cœur découvert.
Entre ses doigts Dürer tient un érynge ou panicaut à fleurs bleues , semblable au chardon, appelé en allemand Mannstreue «fidélité du mari »
du fait qu´on l´utilisait pour
obtenir un filtre d´amour.
Ce fait laisse penser qu´il s´agit
d´un autoportrait destiné en cadeau à sa fiancée mais aussi comme preuve de
son évolution artistique, durant l´apprentissage de quatre années, pour ses
parents.
Tandis que Dürer était loin, son
père avait pris des dispositions matrimoniales auprès d´Agnès Frey et ils
se sont finalement mariés le 7 juillet 1494, deux mois après son retour à
Nuremberg.
La dédicace, souvent traduite par « Mes affaires
suivent le cours qui leur est assigné là-haut », démontre sa
religiosité et sa confiance en son destin. Son art est un DON qui
illumine son Chemin ! C´est aussi un avertissement pour sa future épouse.
Remarquons sa calligraphie du
4 inversé et retourné.
( 4 de porte, semblable à un X, qui n´est qu´un N templier, voir plus loin
son blason )
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« J'ai fait ce portrait d'après moi-même, en me
regardant dans un miroir, l'année 1484, quand j'étais encore un enfant. »
…..*…..
1493 à Venise il a 22 ans.
« Les choses décrétées
par le Haut me sont chères »
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1497
Florence « Je l'ai peint à ma ressemblance /
J'avais vingt-six ans»
La même année qu'il produise les
illustrations de l'Apocalypse, Dürer s'est peint comme un homme raffiné et
élégant aux cheveux artificiellement bouclés, selon la mode vénitienne.
Comme tant d'autres portraits de
son temps, Dürer s´est placé devant
une fenêtre, ouverte sur un paysage alpin d´excellente facture, qui laisse
passer la lumière inondant le personnage. La composition du panneau est
typique du portrait florentin.
La barbe était inusuelle chez les jeunes à cette époque tant et si bien que
neuf ans plus tard Dürer écrivit une poésie ironique dans laquelle il se
décrivait comme « le peintre avec la barbe velue ». Cette
barbe rappelle celle du Christ. Il créa ce tableau « à sa
ressemblance » en habit qui rappellent la dualité humaine.
Sous son habit noir et blanc Dürer
porte une chemise plissée, brodée le long de l'encolure dont un large plis
passant sur son cœur marque l´axe. La cape recouvre son bras gauche. Ses
mains, indispensables à son travail, sont recouvertes des gants en chevreau
excellents. Rien ne laisse pensait qu´il s´agit là d´un peintre, à part
peut être la pose de ses pouces qui montrerait le degrés atteint dans sa
profession, mais surtout la phrase qui accompagne l´œuvre.
Les allemands avaient encore
tendance à considérer l'artiste comme un artisan, vue conventionnelle
depuis le Moyen Âge. C'était
amèrement inacceptable pour Dürer, donc le deuxième autoportrait le montre comme un aristocratique à la jeunesse
hautaine, un dandy impassible. Dürer insiste par dessus tout sur sa dignité :
« Ici, je suis un seigneur, là-bas [à
Nuremberg], un parasite. »
confession amère adressée à Pirckheimer, écrite en 1506.
Son costume, élégant et cher, indique, unit au spectaculaire paysage
lumineux, l´ouverture à des horizons plus amples. Ici c´est son aspect
extérieur qu´il montre, le suivant tableau est à comparer avec celui-ci.
Sa signature est déjà un A contenant un D. Cette oeuvre fut acquise par
Charles I de l'Angleterre avant de passer à la cours espagnole.
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1500 Nuremberg
« Albert Dürer nurembergeois / je me suis peint moi-même ainsi avec
mes couleurs propres
à l'âge de 28 ans ».
C'est une image sombre, peinte principalement dans des tons
bruns, dans un contexte simple, mais le contenu ne l´est guère.
Contrairement à la mode, ici Dürer se place de face en plein centre de la
toile, regardant tout droit. Ses cheveux roux-dorés sont devenus châtains,
son nez c´est effilé. Plus de couvre-chef, la symétrie de sa chevelure est
parfaite, comme celle du visage saisissant, barbe et moustache inclus.
Bizarrement il ressemble à une icône.
Cette symétrie voulue, était depuis le bas Moyen-Age représentative du
Christ Sauveur !
Pour la première et dernière fois dans l'histoire occidentale de l´Art, un
artiste s´était représenté sous les traits christiques, sa main droite
levée sur sa poitrine en ébauchant un signe de bénédiction.
Alors arrogance ou
blasphème ?
Non ! signe de foi : Christ était le fils de Dieu
et Dieu avait créé l'Homme à son image.
Nous avons déjà vu avec son premier autoportrait que pour Dürer son
art était perçu comme un Don divin. Ce don, ce talent a dû être raffiné
lors de son compagnonnage et par l´expérience.
Cependant, remarquons que Dürer qui subtilement partit de
l'image traditionnelle du Christ, malgré des apparences initiales, n´en
fait pas vraiment une image tout à fait symétrique, par exemple ses yeux
regardent fixement, mais légèrement vers sa droite, côté du futur. Cet
illusionnisme trompeur dans lequel l'image est peinte, est aussi une
référence à la légende artistique classique d'Apelles, avec qui il avait
été comparé par des humanistes contemporains.
Le résultat est une image fortement intime, celle de ses « couleurs
personnelles » qui influenceront
toujours la voie choisie par Dürer dans les années suivantes. C'est donc Dürer lui-même, au-delà
des apparences, qui se représente ici. C´est la Vera Icon.
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L´inscription, peinte au niveau des
yeux, est ici en latin contrairement aux deux autres autoportraits. Il
délaisse l'allemand au profit du latin, langue universelle des échanges
entre humanistes, milieu dont Dürer était familier, ce qu'il n'a jamais
omis de faire savoir.
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Hans Memling Jésus Bénissant 1478
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L´Imitation de Jésus Christ ou la Devotio Moderna
« Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres[], dit le Seigneur. Ce sont les paroles de Jésus-Christ, par
lesquelles il nous exhorte à imiter sa conduite et sa vie, si nous voulons
être vraiment éclairés et délivrés de tout aveuglement du cœur ».
Il n´y a pas que l´humanisme en
vogue entre les artistes de son temps qui influence Dürer pour l´exécution
de son troisième autoportrait. Aucun d´uns ne s´est représenté comme
Sauveur, alors ? Albert est tout religieux habitant un pays dont les
idées se révolutionnent contre l´église de Rome.
L'Imitation de Jésus-Christ est une
œuvre anonyme de piété chrétienne, aujourd´hui attribuée à Thomas a Kempis,
apparue à la fin du XIVe siècle,
représentative du mouvement de réforme spirituelle appelé Devotio
Moderna.
L'imitation de la vie et de la mort
du Christ est au cœur de cette spiritualité. Le croyant doit demeurer sur
terre pour y agir. Son âme est habitée par le Christ. Il n'est donc plus
question, comme le voulait la spiritualité médiévale, de se fondre en Dieu
en s'élevant vers lui, mais d'une démarche qui en est tout à fait l'inverse
puisque c'est le Christ qui vient habiter le chrétien et que ce dernier
exerce une action là où il se trouve, sur terre.
La vie chrétienne ainsi formulée se déroule au plus profond de soi-même ,
chacun est responsable de son entretien.
Les chartreux seront de fervents adeptes de la dévotion moderne.
L' Imitation devient l'ouvrage le plus lu dans le monde chrétien après la
Bible.
« La pureté et la simplicité
sont les deux ailes avec lesquelles l'homme s'envole au-dessus de la terre
et de toute nature éphémère. »
« En toutes choses j'ai cherché la paix et ne l'ai point trouvée, sauf
dans les livres et le retrait du monde »
Thomas a Kempis dans L´Imitation de Jésus Christ
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1503, 1522 L´Ecce Homo
Le fait que Dürer comme allemand ait suivi
les enseignements de ce courrant religieux si étendu dans les pays
nordiques, est corroborée par quelques dessins ultérieurs où l'artiste a
confondu ses traits avec ceux du Christ, le premier de 1503, Tête du Christ
Mort ( à gauche ) ; 1510, le Pénitent puis l´Homme aux Douleurs en
1522 ( au bas ).
Il faut noter que si Dürer s'est réellement identifié à la
figure du Christ, c'est plutôt sa dimension souffrante qu'il a retenue.
En 1522 Dürer fait un autre dessin de lui-même sur lequel il
apparaît semi-nu, avec la poitrine creuse et le lèvres entrouvertes en
signe de douleur. Ses bras croisés tenant un fléau et un fouet nous
rappellent les souffrances du Christ, l´Ecce Homo sans couronne.
Comparez le avec l´Ecce Homo de son contemporain et admiré, Bartolomeo
Montagna, où les plaies des mains et du côté sont déjà visibles.
Et sur deux de ses gravures.
L´ autoportrait suivant de manufacture très simple, schématique, nous fera
voyager dans le monde ésotérique.
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En 1512, il reçoit une pension de l'empereur Maximilien de
Habsbourg, dont il fera le portrait, avec titres de noblesse en devenant le
peintre de la cour.
Le souhait formulé par son second autoportrait c´est réalisé.
À la mort de
Maximilien, il entre au service de son successeur, Charles Quint.
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SUIVRE :
LA
MELANCOLIE de DÜRER
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